Les missions du poste

Établissement : Université de Bretagne Occidentale École doctorale : École doctorale Espaces, Sociétés, Civilisations Laboratoire de recherche : Centre de Recherche Bretonne et Celtique Direction de la thèse : Fabrice BOUTHILLON Date limite de candidature : 2026-05-17T00:00:00
La question irlandaise suscite un intérêt marqué dans la presse bretonne dès le XIXe siècle, notamment lors des débats sur le Home Rule. Cet intérêt se renforce au début du XXe siècle : l'insurrection de Pâques de 1916 est largement perçue en Bretagne comme un modèle politique et un exemple mobilisateur.
Les relations entre l'Irlande et la Bretagne ont fait l'objet de plusieurs travaux (Chartier-Le Floch, 2015 ; Guiffan, 2009), tout comme les perceptions bretonnes de l'Irlande, en particulier dans la presse (Guiffan, 2015 ; Mouton, 2015 ; Stover, 2016), et l'insurrection de Pâques de 1916, qui est régulièrement citée comme exemple marquant d'une fascination irlandaise au sein de la Bretagne (Chartier-Le Floch, 2010; O Ciasain, 1987; Leach, 2008). Toutefois, ces recherches se concentrent majoritairement sur la première moitié du XXe siècle et abordent rarement l'Irlande du Nord et le conflit des Troubles. À cet égard, Jean Guiffan propose une étude des représentations bretonnes des premières manifestations du mouvement des droits civiques irlandais en 1968 dans son article 1968, Irlande du Nord: une guerre s'amorce dans le n° 226 de la revue Ar Men, parue en 2018. Toutefois, cette recherche se limite aux évènements d'octobre 1968, et ne s'intéresse qu'aux représentations produites par la presse régionale bretonne.
Ce projet propose ainsi de prolonger cette historiographie tout en opérant un double déplacement : d'une part vers l'Irlande du Nord, dont les dynamiques politiques et le paradigme nationaliste diffèrent de celles de la République d'Irlande ; d'autre part vers la période des années 1960 à 1990, marquée par la structuration d'un troisième Emsav en Bretagne et par l'émergence de revendications régionalistes en Europe.
L'objectif est d'analyser la manière dont le conflit nord-irlandais est représenté, instrumentalisé et mobilisé dans ce contexte, et d'étudier comment les spécificités du nationalisme catholique nord-irlandais influencent la recomposition des imaginaires politiques bretons. Cette recherche s'inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur les circulations politiques et les appropriations locales de conflits étrangers dans l'Europe contemporaine. La recherche se veut donc transversale et entend analyser les circulations transnationales, les dynamiques comparatives entre luttes autonomistes, les processus de construction de l'identité bretonne ainsi que les mécanismes de production des perceptions et des imaginaires politiques.
Comment le conflit nord-irlandais a-t-il été perçu, interprété et mobilisé en Bretagne entre les années 1963 et 1998, et dans quelle mesure ces représentations ont-elles contribué à structurer les imaginaires politiques, les mobilisations militantes et les relations transnationales entre les deux territoires ?
Cette délimitation chronologique s'appuie sur deux jalons majeurs : la nomination de Terrence O'Neill au poste de Premier Ministre en 1963, qui représente un point de bascule dans la politique unioniste et permet l'émergence du mouvement des droits civiques en Irlande du Nord, et la signature de l'Accord du Vendredi saint en 1998, qui met fin aux Troubles.
Au cours des recherches préliminaires, il s'est avéré qu'il existe un corpus substantiel d'archives bretonnes datant des années 1963 à 1998 qui attestent d'un intérêt particulier pour les Troubles d'Irlande du Nord. Cet intérêt semble particulièrement marqué parmi les sphères militantes et politiques, mais plusieurs preuves tendent à démontrer que la situation en Irlande du Nord relève également d'une préoccupation populaire et d'une influence culturelle. En effet, de nombreuses archives attestent de l'existence d'organisations solidaires envers la lutte catholique en Irlande du Nord, telles que le Secours Populaire Interceltique (S.P.I.) ou le Comité de Solidarité avec le peuple irlandais. Cette solidarité s'articule jusque dans la vie quotidienne bretonne, d'une part par la production d'oeuvres culturelles, et d'autre part par un engagement individuel qui se traduit par des dons matériels ou par l'accueil d'enfants d'Irlande du Nord. Elle s'inscrit également dans des dynamiques transnationales, notamment à travers des réseaux interceltiques structurés, tels que la branche bretonne de la Celtic League, qui contribuent à politiser et à internationaliser ces formes d'engagement.
L'analyse reposera principalement sur le dépouillement systématique d'un corpus de presse écrite régionale (qui confère des données pour l'étude discursive des représentations, mais aussi pour l'analyse des mobilisations solidaires, populaires, culturelles et des échanges transnationaux), et sera complétée par l'étude d'archives audiovisuelles (principalement les archives de France 3 Bretagne à l'INA), de correspondances de militants et civils, et des fonds d'archives d'un corpus délimité d'organisations solidaires et politiques. Plusieurs fonds ont d'ores et déjà été identifiés, notamment les archives de la Celtic League et d'Alan Heusaff conservées à la National Library of Wales, les archives du Secours Populaire Interceltique aux Archives départementales du Morbihan, ainsi que des correspondances et publications de Yann Fouéré conservées à la National Library of Ireland.

Financement envisagé : CDE.

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