Thèse Cancers d'Origine Professionnelle en France une Sociologie des Mobilisations et de l'InAction Publique H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Bretagne Occidentale École doctorale : École doctorale Espaces, Sociétés, Civilisations Laboratoire de recherche : Laboratoire d'études et de recherche en sociologie Direction de la thèse : Jorge MUNOZ Date limite de candidature : 2026-05-17T00:00:00 Malgré l'existence d'un droit à la reconnaissance en maladie professionnelle institué depuis 1919, les cancers d'origine professionnelle demeurent massivement sous-reconnus en France (Cavalin et al. 2020 ; Cour des Comptes, 2025). Selon Santé Publique France entre 4 et 8,5 % des cancers , soit 17 000 à 37 000 nouveaux cas par an , seraient attribuables à des expositions professionnelles (2021). Pourtant , seuls environ 1 800 cancers ont été reconnus en maladie professionnelle en 2023 , soit moins de 0,5 % des nouveaux cas de cancer . L'écrasante majorité des cancers attribuables à l'activité professionnelle restent socialement et politiquement invisibles. Cette invisibilité tient à la fois aux modalités d'élaboration des savoirs sur ces questions (Henry, 2017 ; Thébaud-Mony, 2014), à un système de reconnaissance des maladies professionnelles inadapté au cancer (Marchand, 2022), à un déficit d'information et de formation des professionnels de santé et du secteur médico-social (Brunier et al., 2022), à la complexité des procédures et, enfin, à la méconnaissance par les malades de leurs droits (Marchand, 2023 ; Serre, 2024). De ce fait, la grande majorité des victimes n'engage aucune démarche ou abandonne en cours de procédure, phénomène particulièrement marqué pour les classes populaires, pourtant les plus touchées par les cancers professionnels (Huff, 2011 ; Hunsmann et al. 2021). Cette situation contribue à creuser les inégalités sociales de santé. Ce projet propose de saisir cette sous-reconnaissance massive et structurelle en analysant les facteurs et les conditions permettant ou entravant l'accès effectif aux droits. À l'intersection de la sociologie de l'action publique et de la santé au travail, la recherche conduira ainsi, d'une part, à interroger le cadre institutionnel de la reconnaissance - à travers ses instruments, ses modalités de pilotage, ses modes de production de données et leurs effets en termes de connaissance et d'ignorance - et, d'autre part, à examiner le rôle de la grande variété d'acteurs (associatifs, médicaux et scientifiques) non seulement dans l'accès au droit, mais aussi dans la redéfinition du cadre juridique et la transformation des pratiques institutionnelles de la reconnaissance. L'attention portée aux variations des taux de reconnaissance, et notamment à leur forte hétérogénéité territoriale, constituera ici un levier d'analyse central. En effet, ces écarts suggèrent que, malgré un contexte d'action publique fortement centralisé, l'accès au droit se joue en grande partie dans les configurations locales d'acteurs et de dispositifs. La doctorante ou le doctorant sera intégré à l'unité de recherche LABERS, où il ou elle pourra pleinement participer à la vie scientifique du laboratoire, notamment à travers les séminaires, les journées d'études et autres événements collectifs. Par ailleurs, le co-encadrement fournira également à la ou le doctorant.e les moyens de l'EHESP en matière de ressources et de l'unité ARENE (UMR 6051). De plus, le LABERS collabore avec le Centre Norbert Elias, le GISCOPE 84 et le SESSTIM dans le cadre d'un projet soutenu par la Fondation de la Recherche Médicale. Ce partenariat permettra à la doctorante ou au doctorant d'inscrire sa recherche dans un environnement stimulant, favorisant ainsi le bon développement de son projet doctoral. Cette recherche propose d'analyser la sous-reconnaissance des cancers d'origine professionnelle à travers la question de l'accès aux droits. S'inscrivant dans le prolongement de travaux existants, qui documentent les obstacles à la reconnaissance, l'analyse des dispositifs, des pratiques institutionnelles et des formes de mobilisation d'acteurs variés permettra de mettre en évidence les ressorts de l'(in)action publique en matière de réparation des cancers professionnels. Au-delà de son apport scientifique, cette recherche présente un enjeu en matière de compréhension et d'atténuation des inégalités sociales de santé. En effet, l'accès à la reconnaissance apparaît fortement différencié selon les ressources sociales des individus et l'(in)existence de dispositifs d'accompagnement. En documentant les conditions d'effectivité de ce droit et en analysant comment l'action ou l'inaction publiques peuvent contribuer à renforcer ou atténuer des inégalités, ce travail ambitionne de fournir des éléments utiles à l'amélioration de l'accès au droit à la reconnaissance en maladie professionnelle et ainsi à la prise en charge globale des malades atteints de cancer.
L'exercice du droit à réparation et la reconnaissance de l'origine professionnelle de la maladie sont des éléments centraux de la prévention tertiaire (atténuation de la vulnérabilité économique, sociale et psychique générée par la maladie), ainsi que des leviers de prévention primaire. En effet, afin d'inciter les employeurs à la prévention, les dépenses de santé liées à un cancer reconnu comme étant d'origine professionnelle sont prises en charge non pas par la branche maladie, mais par la branche accidents du travail / maladies professionnelles de la Sécurité sociale (abondée par les seuls employeurs). En augmentant le « coût de l'inaction en prévention » pour les employeurs, la reconnaissance des cancers professionnels favorise donc la prévention des expositions aux cancérogènes en milieu de travail . Enfin, au moment où l'augmentation des coûts des nouvelles thérapies anti-cancéreuses met à mal l'équilibre budgétaire de l'assurance maladie, les enjeux financiers liés à la reconnaissance des cancers d'origine professionnelle sont considérables.