Thèse Éclats de Voix Pratiques d'Insertion et Stratégies de Distinction dans le Répertoire de l'Académie Royale de Musique 1690-1774 H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Tours École doctorale : Humanités et Langues - H&L Laboratoire de recherche : Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance Direction de la thèse : Barbara NESTOLA ORCID 0000000311140845 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-09-30T23:59:59 L'opéra français du XVIIIe siècle est traditionnellement perçu comme un genre régi par une structure dramatique rigoureuse, héritée du modèle lulliste de la tragédie en musique. Cependant, l'examen des sources littéraires et musicales révèle une réalité plus mouvante : celle d'un objet malléable où l'insertion de pièces exogènes - airs italiens ou français, ou encore cantates - était une pratique courante. L'origine de cette pratique se situe à la fin du règne de Louis XIV, sous l'impulsion de compositeurs attirés par le style italien, secondés par des chanteurs désireux de proposer une virtuosité nouvelle. Cependant, son prolongement sur l'ensemble du XVIIIe siècle reste encore largement inexploré. Cette recherche se propose d'étudier cette esthétique de l'insertion' sur un arc chronologique s'étendant de la fin du règne de Louis XIV jusqu'à la réforme de Gluck (1774).
La problématique centrale repose sur le rôle de l'interprète comme moteur du renouvellement stylistique. À travers l'ajout d'airs (dans certains cas issus de leur répertoire personnel), les chanteurs ne se limitaient pas à agrémenter l'oeuvre, mais imposaient une nouvelle virtuosité qui cohabitait avec le style déclamatoire français. L'enjeu est de comprendre comment ces insertions ont servi de stratégies de distinction et d'auto-promotion pour des chanteurs à plusieurs stades de leur carrière - débutants ou confirmés -, ou encore, pour les choristes cherchant à s'émanciper de la hiérarchie de la troupe.
La méthodologie se fonde sur une approche pluridisciplinaire, croisant la musicologie historique, l'analyse musicale, les études théâtrales et les Performance Studies (études de la performance). Il s'agira notamment de reconstituer le corpus d'oeuvres ajoutées à travers un dépouillement systématique de sources littéraires et musicales. Le recensement et le dépouillement des livrets d'opéra (créations et reprises), ainsi que des périodiques (notamment le Mercure de France et l'Histoire de l'Académie royale de musique des frères Claude et François Parfaict) permettra d'identifier les pièces ajoutées et leur réception critique. L'étude des partitions manuscrites et imprimées permettra d'évaluer le changement de style et du goût au fil des décennies.
Cette recherche ambitionne de démontrer que la pratique des insertions, loin d'être anecdotique, a constitué un véritable lieu d'expérimentation pour l'esthétique de l'opéra français. L'étude de l'intégration de la cantate au sein de l'opéra - un phénomène pratiquement méconnu à ce jour - révélera une hybridation des genres bien plus articulée et systématique que ne le suggère l'historiographie traditionnelle.
In fine, la thèse mettra en lumière comment les interprètes de l'Académie royale, par leurs choix stratégiques de répertoires alternatifs, ont activement infléchi l'écriture des compositeurs contemporains, en revendiquant une autonomie artistique à travers ces morceaux d'interpolation. Le travail se conclura sur le déclin progressif de ces libertés interprétatives lors de l'avènement de l'opéra gluckiste, un tournant qui marque le passage d'un opéra conçu comme un spectacle mouvant à une oeuvre fermée et structurellement cohérente. À travers l'exploration d'une pratique jusqu'à présent méconnue dans le contexte de l'Académie royale de musique, cette thèse vise à enrichir la connaissance de l'activité de cette institution prestigieuse, ancêtre de l'Opéra de Paris.
Ce travail permettra en outre d'approfondir des questions d'histoire sociale, comme la place et l'évolution des carrières des chanteurs dans le cadre très normé d'une institution abritant une troupe fixe d'interprètes.
Le profil recherché
L'étudiant(e) devra posséder de bonnes connaissances du répertoire lyrique français des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que du genre de la cantate française au XVIIIe siècle. Il/elle devra également avoir une appétence pour la localisation et le traitement de sources de différentes typologies : documents d'archives, correspondances, presse périodique, mémoires, etc. Il/elle devra être à l'aise avec la lecture et l'analyse des partitions voix/orchestre.
Il/elle devra également posséder une bonne aisance rédactionnelle.
La pratique d'un instrument est un plus.