Thèse Habiter la Tour Architecture et Pratiques Résidentielles dans le Grand Ouest de la France 1364-1461 H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Tours École doctorale : Humanités et Langues - H&L Laboratoire de recherche : Centre Tourangeau d'Histoire et étude des Sources Direction de la thèse : Lucie GAUGAIN ORCID 0009000975790055 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-07-13T23:59:59 Entre 1364 et 1461, soit entre les règnes de Charles V et Charles VII, s'observe un moment de profonde mutation dans la mise en place d'un cérémonial de cour influant sur l'art de vivre des élites seigneuriales. Des réformes politiques, des innovations techniques et des évolutions sociales qui transforment l'organisation des espaces de résidence se manifestent. La tour, héritière des premiers donjons médiévaux romans, joue un rôle central mais paradoxal. L'étude des tours résidentielles de cette période permet ainsi d'appréhender comment l'architecture, les pratiques sociétales et les manières d'habiter nourrissent des enjeux symboliques propres à la société féodale en s'articulant dans un espace vertical limité, mais chargé de significations. Par ailleurs, les aspects défensifs - tant extérieurs qu'intérieurs, symboliques ou utilitaires - constituent des éléments indissociables de ces édifices. La tour constitue un support privilégié pour appréhender les variations de l'habitat aristocratique à la fin du Moyen Âge, révélant les tensions entre fonction défensive et usage résidentiel.
Le projet propose d'étudier une dizaine de tours situées dans le nord-ouest de la France (Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Val-de-Loire, Poitou, Vendée), choisies pour leur représentativité et leur diversité architecturale. Aire géographique correspondant aux principaux foyers d'émergence du donjon roman, son développement est associé à plusieurs centres de pouvoir, permettant ainsi de suivre l'évolution de la tour depuis son apparition. L'approche adoptée se voudra résolument pluridisciplinaire, croisant l'histoire de l'art, l'histoire sociale et l'archéologie du bâti afin d'analyser conjointement la morphologie des édifices, les aménagements intérieurs, et les pratiques résidentielles qui leur étaient associées. L'étude s'appuiera sur un ensemble de sources variées (manuscrites, iconographiques, planimétriques). L'analyse des édifices sera menée à travers un examen systématique des structures et des matériaux de construction (bois, pierre ou brique).
Cette thèse s'articulera autour de plusieurs questions structurantes : comment un édifice traditionnellement associé à la défense évolue-t-il vers une fonction plus nettement résidentielle, voire exclusivement domestique ? Quelles adaptations architecturales traduisent cette mutation ? Que signifie concrètement « habiter la tour » : comment s'y organise l'intimité, la circulation, la hiérarchie des espaces et le confort quotidien ? Enfin, la tour doit-elle être comprise seulement comme un espace d'habitation, ou aussi comme un instrument de représentation et de légitimation seigneuriale, participant à une mise en scène du pouvoir dans le paysage. Ces interrogations s'inscrivent dans le prolongement des travaux fondateurs de J. Mesqui sur l'évolution du château médiéval, ou encore des analyses sociales de l'espace castral proposées par M. H. Johnson à la fin des années 1990. Toutefois, là où ces études abordent la tour comme élément de l'analyse parmi d'autres du complexe castral, nous entendons la placer au centre de l'analyse afin de déterminer une typologie propre au nord-ouest de la France et ses variations.
La thèse se déroulera en 3 ans, selon un calendrier structuré en 3 temps principaux. La première année sera consacrée à l'approfondissement bibliographique, à la définition précise des outils méthodologiques et au dépouillement des sources archivistiques. La seconde année constituera le coeur de la recherche et sera dédiée à l'étude du corpus, aux campagnes de terrain et à l'étude formelle et architecturale des édifices. Enfin, la troisième année sera centrée sur l'analyse transversale, la mise en perspective des résultats et la rédaction de la synthèse finale. Les trois axes du CeTHiS (processus de patrimonialisation, circulation des savoirs et corpus documentaires) seront mobilisés tout au long de la thèse pour inscrire ce travail dans les dynamiques scientifiques du laboratoire.
La dimension résidentielle des tours a été mise en lumière de manière déterminante par les travaux de Jean Mesqui dans les années 1990, qui ont marqué le paysage de l'histoire de l'architecture castrale. En reconsidérant leur signification et leurs usages, depuis les premières tours du XIe siècle, comme celle de Loches, jusqu'à la fin du Moyen Âge, ses recherches ont constitué une étape fondatrice dans le renouvellement de l'étude des châteaux. Là où ses études abordent la tour comme élément d'analyse parmi d'autres du complexe castral, il s'agira de placer la tour au centre de l'analyse pour déterminer une typologie propre au grand ouest de la France et ses variations. Plus récemment, au cours des années 2000-2010, plusieurs études ont également contribué à enrichir la réflexion sur les aménagements intérieurs et les pratiques résidentielles, notamment ceux d'Alain Salamagne, Jean-Marie Poisson, Lucie Gaugain ou encore Jean Mesqui qui se sont appuyés soit sur des cas précis comme celui des ducs de Bretagne, soit sur des approches à l'échelle nationale. Hormis ces travaux, il n'existe pas à ce jour, de synthèse transrégionale qui permette d'appréhender de manière globale la question des tours résidentielles, à la fois du point de vue architectural et des pratiques d'habiter. Cette thèse vise donc à combler ce manque en proposant une analyse comparative à l'échelle du nord-ouest de la France, secteur d'apparition de la tour. L'objectif est de déterminer s'il est possible d'identifier un modèle de tour résidentielle ou, au contraire, une diversité de solutions architecturales révélatrices des stratégies propres à chaque lignage et à chaque contexte politique. La thèse vise à comprendre une mode résidentielle courante qui s'est manifestée à la fin du Moyen Âge en Occident, en particulier chez les élites, à savoir habiter dans des tourd alors même qu'il s'agit d'une forme architecturale assez impropre à l'habitat car particulièrement inconfortable. Elle révèle en réalité des enjeux symboliques importants dans la société médiévale. Le sujet sera traité en croisant les approches propres à l'Histoire de l'art, des formes et des techniques de construction à celles de l'Archéologie du bâti et de l'Histoire. Après avoir réalisé un dépouillement le plus exhaustif possible de la bibliographie relative à la place de la tour dans l'architecture castrale et au cadre de vie des élites seigneuriales sur la période XIVe-XVe siècles, ce seront les sources liées au corpus d'une dizaine de tours situées dans le grand ouest de la France qui seront rassemblées et analysées. Seront ainsi convoquées des sources textuelles, iconographiques et planimétriques, soit l'ensemble des documents susceptibles d'apporter des informations sur les édifices étudiés. Ce travail de collecte et d'analyse des sources sera nécessairement assez chronophage, mais il constitue une étape essentielle pour poser les bases solides de la recherche. Les sources seront systématiquement transcrites. Il s'agira donc de dresser un état de l'historiographie et des sources aussi exhaustif que possible.
L'étude matérielle et architecturale des tours du corpus, fort d'une dizaine de tours, constituera le coeur de la recherche. Les édifices feront l'objet de relevés précis : plan au sol lorsqu'il n'y en a pas ou qui sont à actualiser, élévation, coupes, phase du bâti.
Le profil recherché
Le ou la candidat e sera titulaire d'un Master en Histoire de l'art, spécialisé dans l'architecture castrale de la fin du Moyen Âge. Il est attendu des connaissances dans le domaine de l'architecture, de l'histoire des formes, de la construction, du décor et de la distribution. Être en mesure de transcrire des textes anciens, de réaliser ses propres relevés, d'en assurer la DAO, de lire l'architecture et de maîtriser l'archéologie du bâti sont essentiels à la bonne conduite de la thèse. Des aptitudes à la rédaction sont en outre attendues.