Thèse de la « Mode Françoise » à la Connaissance des « Traicts Géométriques » Enrichissements et Intellectualisation de la Stéréotomie des Voûtes dans l'Architecture Religieuse en France. H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université de Tours École doctorale : Humanités et Langues - H&L Laboratoire de recherche : Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance Direction de la thèse : Marion BOUDON-MACHUEL ORCID 0000000205332296 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-10T23:59:59 L'expression « traicts géométriques » renvoie à « l'art du trait », terme qui désigne la pratique de la taille de pierre chez les maîtres maçons et architectes, avant que ne s'impose au XVIIe siècle celui de « stéréotomie ». Longtemps transmises au sein des ateliers et sur les chantiers, ces connaissances relèvent d'une culture essentiellement pratique et corporative. À partir du XVIe siècle toutefois, la publication de traités en langue française contribue à en élargir la diffusion et à en transformer le statut. Avec le Premier tome de l'architecture (1567), Philibert De l'Orme revendique la révélation de ces « secrets d'atelier » et participe à l'anoblissement de ce savoir technique, entraînant celui du statut de l'artiste. La voûte alors associée à un savoir théorique explicitement formulé et intellectualisé par le biais de la géométrie et des mathématiques devient un lieu privilégié de démonstration de la maîtrise scientifique et de l'excellence technique des architectes.
Pendant la Renaissance, de Braga à Londres, de Grenade à Rome, en passant par Prague ou Anvers, les principaux foyers artistiques européens élaborent des réseaux de voûtements d'une virtuosité remarquable, tant par leur complexité structurelle que par leurs décors. La France participe de cette dynamique, transformant les formes du gothique, dites « à la mode françoise », pour tendre vers une nouvelle modernité architecturale. Pour autant, les modalités et la spécificité française demeurent très insuffisamment étudiées. La contribution majeure reste celle de J.-M. Pérouse de Montclos, qui, il y a une quarantaine d'années, a principalement étudié la dimension structurelle de ces voûtes. Plus récemment, plusieurs chercheurs ont mis en évidence les échanges, favorisés par la circulation de manuscrits, de traités, d'artistes et de commanditaires, entre le savoir stéréotomique français et les pratiques d'autres centres artistiques, notamment espagnols (J. C. Gonzalez López, M. Gómez-Ferrer et J. Ibañez Fernández) et italiens (Fl. Bardati et de S. Galletti). La diversité et l'importance quantitative du corpus, la dextérité du savoir-faire stéréotomique et la virtuosité du décor couvrant ces cieux de pierre expliquent en partie l'absence d'analyse de la voûte en France au XVIe siècle.
L'objectif de cette thèse est d'étudier la voûte savante comme un élément majeur de l'architecture de la Renaissance en France, susceptible de documenter conjointement plusieurs dimensions : les savoir-faire autour de la taille de pierre ; les rapports entre les arts ; la sophistication des programmes artistiques, conjuguant structure et décor ; les ambitions communes des commanditaires et des artistes ; et les circulations artistiques européennes. Elle s'appuiera sur un corpus français d'édifices religieux présentant des voûtes d'une composition savante et des décors associant fréquemment matériaux composites et sculptures raffinées. Certaines de ces réalisations s'inscrivent dans de vastes programmes décoratifs, qu'il s'agisse du couvrement intégral d'une nef ou de correspondances artistiques et symboliques entre le pavement du sol et de la voûte. L'étude intégrera également le voûtement de mobiliers funéraires. Enfin, ces oeuvres devront être analysées à la lumière de dessins ou d'épures conservés dans les archives, les dépôts lapidaires et les traités. Par ces choix typologiques et décoratifs, les commanditaires et les artistes ont cherché à donner une expression monumentale au céleste, qui doit être étudiée dans le contexte des tensions religieuses contemporaines. Ces réalisations participent également d'une volonté d'émulation avec les grandes commandes architecturées, peintes ou sculptées d'autres foyers chrétiens. Cette étude apparaît comme un observatoire privilégié de la rencontre entre traditions constructives, quête de prouesses techniques et significations symboliques de l'architecture française au sein du concert européen.
La thèse se déroulera sous la double direction de spécialistes de l'architecture et de la sculpture de la Renaissance, entre le CESR à Tours et l'INHA à Paris (direction du DER).
Le profil recherché
La canditate ou le candidat devra présenter une formation solide en histoire de l'art, avec une spécialisation en architecture et/ou en sculpture de la Renaissance. Un intérêt marqué pour les savoir-faire liés à la taille de pierre et pour les approches matérielles de l'architecture est attendu, ainsi qu'une sensibilité aux problématiques transdisciplinaires, à l'articulation entre théorie et pratique, et aux circulations artistiques à l'échelle européenne. Une première expérience de recherche (mémoire de master) portant sur des corpus architecturaux, des questions d'ornement ou des sources techniques (traités, dessins, archives) constituera un atout important.
Compétences :
- Connaissances disciplinaires :
Bonne maîtrise de l'histoire de l'architecture (XVe-XVIe siècles), en particulier en France et en Europe ; familiarité avec les notions de stéréotomie, de construction et de décor architectural.
- Analyse des sources :
Capacité à exploiter des sources variées (édifices, relevés, dessins, traités, archives) et à articuler analyse formelle, technique et iconographique.
- Compétences techniques :
Intérêt pour la géométrie constructive et les problématiques liées à la taille de pierre ; une première approche du dessin technique, du relevé architectural ou des outils numériques (DAO, modélisation) serait appréciée.
- Compétences méthodologiques :
Aptitude à conduire une recherche autonome, à structurer une problématique et à s'inscrire dans une démarche comparative à l'échelle européenne.
- Langues :
Maîtrise du français et bonne connaissance de l'anglais, de l'italien et de l'espagnol serait un atout pour l'étude des traités et des circulations artistiques.
- Qualités personnelles :
Rigueur scientifique, sens de l'observation, capacité d'analyse, curiosité intellectuelle et intérêt pour le travail de terrain (visites d'édifices, archives)